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 Interview de Gino VAN BEGIN, directeur régional pour l´Europe d´ICLEI
Les métropoles européennes ont-elles toutes adopté une démarche et inscrit leur action dans le cadre d´un Agenda 21 local ?
La plupart des grandes métropoles, mais aussi villes de taille moyenne de l’Union européenne (UE des 15), sont engagées dans un processus de planning de durabilité ou d’agenda 21.
En 2002, plus de 6 000 processus d’agenda 21 local existaient en Europe.
Au fil du temps, nous notons une évolution quant à l’étendue de ce processus :
- Vers la fin des années 90, l’agenda 21 était principalement mis en place dans les pays scandinaves (Stockholm, Helsinki, Copenhague) et dans le centre de l’Europe (Hanovre, Vienne, Berlin, Fribourg…).
- Depuis les années 2000, la tendance se développe largement vers le sud (Espagne, Italie, France).
Lesquelles sont les plus en avance ?
En Espagne, les villes se sont appropriés les Agendas 21 dans l’intention de renforcer leurs pouvoirs locaux.
La Région de Madrid, s’étant engagée au-delà du processus d'Aalborg, dispose d’un agenda 21 qui est plus proche d’un document définissant la stratégie de développement durable de la Communauté que d’un agenda local : Madrid 21 - Stratégie de développement de la Communauté de Madrid.
Elle a créé la Fondation pour la Recherche et le Développement de l’Environnement – FIDA, dont la mission principale est d’intégrer le concept de développement durable dans les documents de planification, d’appuyer l’élaboration des Agendas 21 locaux et de développer le travail sur les indicateurs de suivi et de performance au niveau des territoires.
En Italie, Bologne, Sienne et Milan ne sont pas en reste.
Et la France dans tout cela?
La France est un très bon exemple de mise en place d’Agendas 21. Elle s’est dotée, de longue date, en outils techniques de planification pour mettre en place de façon cohérente ce que l’on appelle aujourd’hui un développement durable.
La Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD), adoptée en 2003 par le Comité
interministériel du développement durable prévoit, parmi ses actions, la mise en place d’indicateurs de suivi de la SNDD et surtout l’élaboration d’indicateurs nationaux de développement durable qui devront être mis à la disposition du citoyen. Cette stratégie s’inscrit clairement dans un contexte international et notamment européen ; l’Institut Français de l’Environnement (IFEN), service statistique du Ministère de l’écologie et du développement durable (MEDD), en est la cheville ouvrière.
Parmi des villes exemplaires, je citerais Lille, Nantes, Strasbourg, Lyon, Mulhouse…
Que dire des réseaux de collectivités qui se mettent en place et des renforcements de coopération transfrontaliers ?
Le principe du développement durable a été entériné au premier Sommet de la Terre organisé par l’Organisation des Nations Unies à Rio de Janeiro en 1992.
C’est le Conseil de l’Europe qui s’est mobilisé le premier en faveur de la coopération transfrontalière. Son action a permis d’élaborer un cadre juridique pertinent pour les collectivités frontalières engagées dans une politique de coopération, grâce à la Convention-Cadre de Madrid du 21 mai 1980, rendue opérationnelle en Espagne et en France par le traité de Bayonne du 10 mars 1995.
En 1988, la commission des Communautés Européennes a réservé une partie de ses aides régionales aux zones frontalières avec le programme INTERREG I (1988-1993).
Depuis lors, des réseaux se sont mis en route, sur diverses thématiques, telles que le climat, le réseau géographique, l’eurocité...
Si nous prenons l’exemple d’Energie-Cités, association de municipalités européennes pour une politique énergétique locale durable, créée en 1990, elle est composée de plus de 150 membres de 24 pays, représentant plus de 500 villes. De 2006 à 2007, Energie-Cités est sous la présidence de la Ville d’Heidelberg (DE). Les locaux d’Energie-Cités se situent à Bruxelles (BE) et Besançon (FR). Une partie de l’équipe travaille également à Cracovie (PL), Fribourg-en-Brisgau (DE) et Paris (FR).
Quel rôle joue l´ICLEI ?
ICLEI - Les Gouvernements Locaux pour le Développement Durable a été fondé en 1990 en tant que « Le Conseil International pour des Initiatives Environnementales Locales », en vue de réprésenter la voix des collectivités locales dans le Sommet de Rio de 1992 qui, entre autres a culminé dans le lancement de l’Agenda 21 Local. L'ICLEI est non seulement une association, mais aussi un mouvement de collectivités locales consacrés au caractère durable, et comme tel, augmente et promeut le développement durable et l'Action Locale 21 parmi des collectivités locales dans le monde entier.
A ses membres, ICLEI offre plusieurs campagnes d’action concrète, fournit des informations, livre la formation, organise des conférences, facilite la gestion de réseaux et des échanges de ville à ville, effectue la recherche et des projets pilotes et offre des services techniques et la consultation. Il fournit également des outils pour aider les collectivités locales à réaliser leurs objectifs de développement durable.
Deux ans aprés le Sommet de Rio et en vue de faire progresser la réalisation d’Agendas 21 Locaux particulièrement en Europe, l’ICLEI en coopération étroite avec d’autres réseaux, a lancé à Aalborg en mai 1994 la Campagne des Villes Durables en Europe lors de la première conférence des Villes Durables en Europe.
Cette conférence déboucha sur la rédaction et la signature par les collectivités locales présentes de la charte d'Aalborg, charte des villes européennes pour un développement durable, marquant leur engagement en faveur de l'établissement d'un programme stratégique local à long terme pour le XXIème siècle, c'est-à-dire un Agenda 21 local. Plus de 2000 collectivités locales signèrent la charte durant les années 1994-2004.
A la suite d'Aalborg, les réseaux de villes poursuivirent leur travail de mobilisation des collectivités locales sur les différents thèmes des Agendas 21 locaux et du développement durable. Chacun des réseaux s’engagea alors à développer des activités pour promouvoir la Charte d’Aalborg.
Ensemble avec ses partenaires de la Campagne, l'ICLEI organisa les 4 autres conférences à Lisbonne en 1996, à Hanovre en 2000, à Aalborg en 2004 et à Séville en 2007. 10 ans après la première conférence et l’adoption de la Charte d’Aalborg, un nouvel instrument est lancé en 2004, notamment "Les Engagements d’Aalborg", le but étant pour les collectivités de mener des actions concrètes pour atteindre des objectifs précis dans dix domaines différents relatifs au développement durable.
Quelles sont les perspectives et mises en œuvre, dans un avenir proche ?
Suite à la dernière conférence, à Séville, cette année, un programme de travail collaboratif a été décidé sur 3 ans (2007-2010), avec pour perspective de préparer une grande conférence à l’issue de ces 3 années.
Dans ce programme de travail, l’ICLEI s’engage à mettre en œuvre des projets concrets comme par exemple le lancement d’un guide sur la façon de réaliser "Les Engagements d’Aalborg" afin d’accélérer leur mise en œuvre.
Une équipe d’ICLEI est également mise en place afin d’accompagner les collectivités par des services de guidance et de formation pour les aider dans leurs réalisations. Pour l’instant, elle ne peut pas encore se déplacer en France, les membres ne parlant qu’anglais, italien ou allemand.
Bologne et Fribourg ont été sélectionnées comme villes pilotes, et seront suivies pendant deux ans par cette équipe.
Au-delà de ce programme, des campagnes très spécifiques sur le climat et les énergies renouvelables sont réalisées, ainsi qu’ une campagne sur les achats verts, en étroite coopération avec l’Union Européenne. Le but est de convaincre les villes d’intégrer, même dans ce domaine, des critères environnementaux.
Coopérer ensemble est une véritable nécessité !
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Interview de M. Michel MOUSEL, président de l’Association 4D*,
qui interviendra dans la plénière 2 intitulée « Quels outils territoriaux pour la gestion du changement climatique ? », lors des 4es Ateliers du Développement Durable qui se dérouleront les 17 et 18 octobre 2007, à Bordeaux.
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En tant que président de l’association 4D, et de par vos diverses activités, vous avez toujours été très impliqué dans le Développement Durable. Concernant la gestion du changement climatique, quelles sont vos priorités à l’heure actuelle ?
Elles concernent à la fois les trois niveaux international (et européen), national et local et dans chacun des cas correspondent au souci de ne pas se laisser bercer d’illusions, au moment où nous parlons (donc en juin 2007), devant l’ampleur de la tâche.
D’abord devant la dernière manœuvre en date des Etats-Unis pour noyer le poisson. Bien sûr, un des aspects des déclarations de Bush pour le G 8 est la reconnaissance de fait du sérieux du problème climatique. Il était temps. Mais s’il en est ainsi, cela signifie qu’il y a urgence à accélérer l’application de Kyoto – et pas à attendre une fin du protocole qui n’est pas programmée (c’est sa première séquence d’application qui vient à échéance en 2010/2012). C’est aussi à préparer la seconde, qui sera différente, mais pour laquelle, justement, il va falloir faire preuve d’ambition et de créativité. Nous avons travaillé pour apporter notre contribution à la définition de nouvelles solidarités, nous les avons débattues, par exemple au sein de la francophonie qui présente l’avantage de comprendre un échantillon de pays représentatif de toutes les situations. Nous continuons à le faire avec d’autres associations européennes car l’Europe doit absolument tenir bon comme elle a déjà su le faire.
Ensuite il y a la question posée par l’outil ministériel nouveau confié à Alain Juppé. S’il est le moyen pour qu’une volonté politique forte d’excellence dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre s’impose à la « technostructure » et permette à celle-ci de déployer ses talents au service de cette ambition, alors on peut avoir de l’espoir non seulement pour l’action en France mais aussi pour la capacité d’entraînement de notre pays. Si les intérêts particuliers, les corporatismes divers, la rentabilité à court terme, les aveuglements technocratiques continuent comme si souvent à faire marcher la courroie de transmission étatique à l’envers avec les piètres résultats que l’on sait, alors ce sera encore une occasion perdue. Pour tout le monde. D’où la vigilance que la société civile doit assurer.
Enfin il y a le travail concret au niveau des collectivités territoriales. Elles ont une grande part de la réussite entre leurs mains, non seulement en raison de leurs responsabilités sur les secteurs émetteurs – transports, logement et organisation de l’espace – mais aussi parce qu ce sont elles qui peuvent réussir à démontrer concrètement qu’on peut être beaucoup plus raisonnables sur nos consommations et donc nos émissions tout en vivant mieux. La mobilisation citoyenne nécessaire dépend beaucoup de cette conviction. Par exemple, pour l’année prochaine, il me semble que tout cela devrait être au cœur des élections municipales.
Vous intervenez dans la plénière intitulée « Quels outils territoriaux pour la gestion du changement climatique ». Pouvez vous nous parler de ces outils ?
Une participation de l’ordre de 40 % aux émissions de gaz à effet de serre, et celles-ci ne cessent d’augmenter, annulant les effets des souvent maigres efforts réalisés dans les autres domaines ! L’heure n’est plus à « mégoter »… Je dirais même pas seulement à chanter les joies (bien réelles) de la marche à pied et du pédalage, car ces deux retours heureux sont aussi tout simplement l’indice du fait que nous avons franchi au moins un degré de trop dans l’échelle des moyens de se déplacer et de l’énergie qu’ils consomment : il nous faut de la mécanique pour aller chercher du pain, des voitures pour les transports locaux et régionaux, des avions pour les transports interrégionaux. Regardez l’axe « atlantique » Aquitaine – Bretagne : l’autoroute a tué le chemin de fer (qui s’est bien laissé faire) mais l’avion va bientôt tuer l’autoroute ! Il va bien falloir redescendre d’un cran dans tous les aspects du problème, pas en interdisant des choix, mais en faisant en sorte que ceux qui préfèrent l’intérêt particulier à l’intérêt commun en payent le prix. Et l’intérêt commun, ce n’est pas le bagne : moins de mobilité imposée, moins de consommations coûteuses, moins de risques, etc. Il n’y a pas que des trottoirs et des pistes cyclables à aménager.
L’association 4D sera également représentée sur 3 ateliers : transports, habitat, agendas 21. Concernant les transports, quelles sont leurs incidences sur le climat ? Comment les re-penser, voire les réinventer ?
Par ailleurs, du côté de l’habitat, depuis la loi du 13 juillet 2006, le PLH ayant pour principal objectif la garantie de la mixité sociale, qu’en est-il, selon vous, du défi énergétique dans les outils de planification ?
Mon expérience sur l’agglomération d’une très grande métropole régionale m’a conduit à constater qu’on pouvait mettre en valeur plusieurs couples sobriété énergétique/progrès social :
- freiner l’étalement urbain, c’est réduire les coûts de déplacement, mais c’est aussi la condition d’un retour à plus de convivialité de la ville ;
- limiter la fonctionnalité de l’espace urbain, (zones d’habitat, zones d’activité, zones commerciales…), avec chacune leurs temporalités propres, c’est un facteur de rationalité énergétique mais aussi la réduction des temps et des lieux où les espaces sont vides et fabriquent de l’insécurité ;
- recréer un tissu urbain avec des lieux collectifs (services, commerces, loisirs etc.) de proximité, c’est limiter les déplacements artificiels et aussi créer les conditions d’une mixité sociale et culturelle
- concevoir –ce qui est techniquement et économiquement possible- un habitat à basse consommation d’énergie, c’est bon pour le climat, mais c’est bon aussi pour le portefeuille des ménages.
De ce point de vue, la question climatique est une chance : elle nous permet de repenser de manière très nouvelle et positive notre manière de vivre en ville.
Enfin, l’Agenda 21 étant un programme d’action pour les collectivités en l’occurrence pour l’adaptation du territoire et la lutte contre le changement climatique, quelles actions spécifiques menez-vous en sa faveur ? Constatez-vous une évolution sensible ces dernières années en sa faveur et la majorité des collectivités agissent-elles dorénavant ?
La situation actuelle me parait paradoxale. D’un côté, il est évident que la question de l’énergie et du climat commence vraiment à constituer un motif fort pour lancer des stratégies de développement durable au niveau des collectivités, qu’on les appelle ou non Agendas 21 . D’un autre côté, il y a encore beaucoup à faire pour que ce mouvement prenne une ampleur à l’échelle des actions à mener.
Les niveaux décisionnels doivent y aider. Au niveau des Nations Unies, il convient de faire plus nettement place aux autorités locales dans le débat sur le contenu des politiques. L’Etat doit savoir mener de front le respect non seulement de l’autonomie, mais aussi de la capacité d’initiative des collectivités décentralisées, et leur fournir des outils qu’elles puissent utiliser selon leurs préférences (juridiques, fiscaux, techniques).
Si un certain nombre de collectivités, à travers leurs agendas 21 et leurs plans climat territoriaux mènent des expériences de grande qualité, il ne faut plus en rester aux actions exemplaires mais isolées. C’est bien cet isolement que nous voulons rompre avec l’Observatoire des agendas 21 et des pratiques territoriales de Développement Durable**, outil de connaissance par sa banque de données, outil aussi de dialogue et de formation.
Interview réalisée par Virginie Cadieu, Attachée de presse au réseau IDEAL, le 5 juin 2007
*C’est en 1993, après le « sommet de la terre de Rio », que l’association 4D a été créée, afin de constituer un réseau citoyen pour la promotion du Développement Durable et pour le suivi des engagements pris par la France, comme par les autre états membres de l’ONU.www.association4d.org
**www.dd-pratiques.org
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